Sur un territoire couvrant tout le nord du département, mais aussi le sud de la Loire-Atlantique, et une grande partie du sud-ouest du Maine-et-Loire et du nord-ouest des Deux-Sèvres, une révolte populaire a emporté 200 000 vies au bas mot (dont 30 000 soldats républicains). Les départements ci-dessus n’existaient pas encore et on parlait alors plutôt de Provinces (Poitou, Anjou et Bretagne). Ce territoire était encadré par des places fortes républicaines : Nantes, Angers, Saumur, Thouars, Parthenay, Luçon, Fontenay-le-Comte et Les Sables-d’Olonne.
Landeronde au cœur d’un territoire rebelle
Historiens et érudits s’affrontent depuis plus de deux siècles sur les origines de la Guerre de la Vendée. Les uns s’appuient sur les archives, les autres sur la mémoire des hommes. Certains dénient à cette guerre tout aspect génocidaire ou son essence populaire. La Guerre de Vendée aurait été fomentée par les nobles et les prêtres et suivis aveuglément par la partie la plus ignorante de la population. D’autres défendent au contraire un mouvement né du peuple, très attaché à la royauté et au clergé et emmené par des hobereaux, la petite noblesse locale, qu’ils étaient allés chercher pour les mettre à leur tête.
A l’aube d’une République naissante
Trois ans et demi après la prise de la Bastille de juillet 1789, la société française est divisée. En 1790, l’Assemblée a voté la constitution civile du clergé. L’Eglise de France repose désormais sur un clergé fonctionnarisé et soumis, qui a dû prêter allégeance à la Révolution. Celle-ci met fin à la monarchie constitutionnelle, en août 1792. La République est proclamée une et indivisible le 25 septembre 1972. Un clergé réfractaire s’exile ou se cache. La Vendée, bien que favorable à l’abolition des privilèges, reste attachée à certaines valeurs du monde d’avant. Notamment la Monarchie et le culte catholique. Landeronde n’échappe pas à ce mouvement.
Par ailleurs, les métayers déplorent de voir la vente des biens nationaux bénéficier essentiellement aux bourgeois et marchands “de la ville”.
Le 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné sur la Place de la Révolution, à Paris
Enfin, la Convention, qui avait aboli la royauté en France l’année précédente et instauré la République Française, vote le 24 février 1793 la levée en masse de 300.000 jeunes hommes pour renforcer ses armées aux frontières de l’Est. Ce sera par tirage au sort, mais avec des exemptions pour certains fonctionnaires et ouvriers. On relève de nombreux passe-droits pour ceux qui sont bien nés. Chaque commune doit fournir son quota d’hommes. « Que deviendrons-nous ? nous n’avons jamais manié d’armes, nous ne sommes que des laboureurs », s’indignent les landeronnais.
Landeronde, première commune à se soulever ?
On a coutume de dire que la Guerre de Vendée a commencé par des émeutes à Cholet, le 3 mars 1793, où trois jeunes vendéens furent tués par les républicains.
Les « échauffourées de Landeronde » pourraient toutefois être le premier soulèvement documenté de cette Guerre. Car le 1er mars 1793, alors que les premiers tirages au sort de la conscription vont commencer, les gars de Landeronde se rebellent et veulent partir, avec ceux des communes environnantes, à l’assaut des Sables d’Olonne, où stationnent des troupes républicaines. Le maire landeronnais s’apprête en effet à établir une liste des hommes de la commune de 18 à 60 ans. A la tête des rebelles, Jean François Nicollon des Abbayes de l’Aumondière, 83 ans, notable local armateur aux Sables d’Olonne. Son fils Pierre est engagé au sein de l’Armée des émigrés dans la Campagne de France. Les insurgés commencent par détruire les registres d’Etat Civil. Une trentaine de « brigands » s’en prend à M. Lansier, le maire. Dès le lendemain, deux troupes de 50 gardes nationaux se dirigent vers Beaulieu. Ce même jour, un canon et 27 canonniers sont dépêchés sur place depuis Fontenay. Le 3 (plus sûrement les jours suivants) les mutins sont dispersés et il est fait trente prisonniers. S’ensuit une répression féroce.
Collinet, historiographe sablais, écrira dans ses mémoires : « Dans la nuit du 4 au 5 mars, les patriotes ont brûlé Landeronde, Sainte-Flaive, les Clouzeaux, Saint-Georges, Aubigny, Venansault et la Mothe-Achard jusqu’au moulin du Retail. Les bourgs et les moulins ou châteaux ont tous été incendiés, les métairies seules exceptées. Saint-Julien a été brûlé ainsi que le beau château de la Bassetière. Ce jour les femmes et quelques enfants sont conduits en ville (?). Tous les hommes et beaucoup de femmes ont été tués dans le bourg de Landeronde, il n’y a rien eu d’épargné. Comme ce petit bourg avait été le foyer de la révolte, tout ce qui s’y est trouvé a été fusillé sans exception. Il est à croire que bourgs, châteaux et moulins de l’intérieur (?) par où l’armée a passé ont subi le même sort que ces derniers (?). Cette armée est toujours à la poursuite des brigands, dont elle aura bientôt la fin, ce qui est à désirer.». Nicollon des Abbayes mourra en prison à Noirmoutier l’année suivante. Son nom (et celui de son fils) a été donné par la suite à la rue de la mairie.
En ce début mars 1793, la première Guerre de Vendée venait donc de commencer. Dans le sang. La guerre civile à proprement parlé s’achève en janvier 1794, avec le massacre des troupes Vendéennes à Noirmoutier. Mais dans les jours qui suivent, le Comité de Salut Public lance les colonnes infernales du général Turreau, qui fait basculer le territoire dans un période génocidaire (bien que le mot n’existe pas encore). Gracchus Babeuf, dénonçant les crimes de Carrier, à Nantes, parlera de « populicide » dans son ouvrage « Du Système de dépopulation ». En 1796, on dénombrera au moins 200.000 morts, soit 20 à 25% de la population de la Vendée Militaire. Dont beaucoup de massacres comme aux Lucs-sur-Boulogne où l’on a assisté, selon certains historiens, à une répétition générale d’Ouradour-sur-Glane, avec 563 personnes de 15 jours à 84 ans (dont 110 enfants de moins de 7 ans), massacrés dans la chapelle du Petit-Luc, dans des conditions horribles. Assassinats par balle, à la baïonnette, par l’incendie et à coup de canon. C’est l’abbé Barbedette qui identifiera les corps et leur donnera une sépulture. Grâce à lui, on a l’identité de tous les martyrs.








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